À propos de l’artiste
La culture populaire ne se contente pas de divertir, elle façonne nos perceptions.
La génération 90-2000, dont je fais partie, a grandi avec une perception du monde, au travers les films, jeux vidéos, musiques et récits qui forment un imaginaire commun traversant les époques, et deviennent des hymnes générationnels.
Avant l'automobile, il y a eu le sport. Et avant la photographie, il y a eu une blessure.
Des années de compétition de haut niveau en BMX et VTT freestyle, un parcours universitaire en STAPS, puis la gestion de clubs sportifs.
Une vie construite sur la discipline et la performance rarement sur le présent.
En 2019, une rupture du croisé postérieur arrête tout. La convalescence oblige à s'arrêter et pour la première fois, à regarder ailleurs. C'est là que commence la photographie. D'abord pour le plaisir, presque par nécessité.
L'astrophotographie, portraits animaliers inspirés de Pedro Jarque Krebs, des reportages personnels sur les plages du Débarquement, des paysages de la Charente Maritime, de l'urbex…
Des sujets qui parlent de temps, de traces, de ce qui reste. Une sensibilité à l'histoire et à l'environnement qui était là depuis longtemps mais que des années de focus sur la performance avaient reléguée au silence.
En 2020, je quitte mon poste de responsable de club pour me consacrer pleinement à une carrière hybride entre sport et photographie professionnelle.
Le début de l’aventure dans l’automobile
Il y a des amis qui changent votre regard sans le faire exprès.
William est l'un d'eux. Rencontré dans le monde du BMX, l'amitié s'est poursuivie bien au-delà des pistes jusqu'à sa passion pour tout ce qui est motorisé et fun. C’est le bon vivant, le passionné par excellence, celui qui aime autant l’humain que l’automobile. Celui qui garde encore cette part d’insouciance qui fait du bien, dans une modernité qui se pose trop de questions.
Tout commence alors par une proposition un peu folle. William prépare un covering décalé de “Safety Car” officieuse sur sa Laguna pour le Merguez Tuning Show, et moi je veux pousser son délire encore plus loin faire une vraie photo pour le fun, et passer un moment avec lui avant qu’il parte.
Le Merguez Tuning Show
Ce soir là sous ce pont, c'est là qu'il me motive à venir en last minute, avec un argument imparable : un Fiat Multipla à 1000 chevaux.
Et je me retrouve embarqué dans un week-end intense, bruyant, décalé.
Sur l’aller, il organisait un convoi, c’est là que j’ai réalisé mes premières photographies auto, en faisant des filés mais à 130 sur l’autoroute.
Je rentre avec des souvenirs, des images, et l'envie de prolonger l'expérience. Eux commencent à m'emmener sur d'autres rassemblements. Le reste s'est enchaîné naturellement.
Un rendu singulier et familier.
C'est lors de ces rassemblements que je réalise ma première photographie automobile nocturne une R33, éclairée à la barre led, en light painting. J'introduis de la couleur pour rappeler l'ambiance des garages de Need for Speed Underground 2, et la vibe des sakuras, symbole de la culture japonaise.
Ce soir-là, sans vraiment m'en rendre compte, je pose les bases de ce que deviendra Night Car Studio. Je (re)découvre alors la culture JDM. Cette scène automobile née au Japon dans les années 90, portée par le drift, les courses nocturnes sur les routes de montagne, une esthétique entre performance et poésie urbaine.
Un univers que je connaissais sans le savoir.
Celui d'Initial D, de Tokyo Drift, de Gran Turismo. Des images gravées quelque part dans ma mémoire sans que j'aie jamais mis les pieds dans un garage.
Je veux alors recommencer. Avec d'autres voitures. D'autres histoires.
Les Rassemblements nocturnes.
L'auto m'était un monde étranger jusqu'au soir où mes amis m'ont emmené à un rassemblement nocturne à Saint Aunès. L’événement était organisé par une association et cadré, ce qui était agréable. Ce soir-là, quelque chose se passe quand mon regard croise la signature lumineuse de l’arrière d’une Skyline R33.
Une sensation étrange, presque inexplicable d'avoir déjà vécu cette scène quelque part entre Fast & Furious et Need for Speed Underground 2.
Comme si le réel venait rejoindre un souvenir issu d'un monde virtuel.
Je me suis demandé ce qu'il se passerait si ces souvenirs pouvaient être matérialisés dans le réel.
Né dans la rue, élevé au rang d’art
C'est lors de ces rassemblements que je réalise ma première photographie automobile nocturne — une R33, éclairée à la barre led, en light painting. J'introduis de la couleur pour rappeler l'ambiance des garages de Need for Speed Underground 2, et la vibe des sakuras, symbole de la culture japonaise.
Ce soir-là, sans vraiment m'en rendre compte, je pose les bases de ce que deviendra Night Car Studio.
Je (re)découvre alors la culture JDM — Japanese Domestic Market. Cette scène automobile née au Japon dans les années 90, portée par le drift, les courses nocturnes sur les routes de montagne, une esthétique entre performance et poésie urbaine.
Un univers que je connaissais sans le savoir. Celui d'Initial D, de Tokyo Drift, de Gran Turismo. Des images gravées quelque part dans ma mémoire — sans que j'aie jamais mis les pieds dans un garage.
Je veux recommencer. Avec d'autres voitures. D'autres histoires.
Qu'on soit passionné ou non, elle déclenche des fantasmes, des rêves, et surtout des souvenirs — réels ou imaginés. Pour ma génération, une partie de cet imaginaire s'est construite à travers la pop culture japonaise et hollywoodienne : Fast & Furious, Gran Turismo, Need for Speed, GTA Vice City. Des univers devenus cultes qui ont façonné notre regard sur la voiture comme extension de soi.
Aujourd'hui ces icônes disparaissent ou deviennent inaccessibles. Elles basculent dans le mythe.
Mon travail est une sauvegarde. Chaque image Night Car Studio conserve un imaginaire visuel en voie de disparition — et le rend tangible. Les voitures peuvent être hors d'atteinte, mais les rêves qu'elles portent sont communs.
La nuit comme seul terrain de jeu.
Chaque œuvre est construite entièrement à la main, la nuit, sans studio. La lumière artificielle révèle les lignes du véhicule et l'isole de son contexte réel — pour le faire basculer dans un espace qui n'appartient ni au présent ni au passé.
Ce n'est pas de la photographie documentaire. C'est une mise en scène entre studio de mode et cinéma d'auteur, où chaque reflet, chaque ombre est une décision.
Le résultat : une image à la fois familière et impossible. Hyperréaliste dans son rendu, fictionnelle dans son atmosphère.
Un parcours qui s'écrit voiture après voiture.
Depuis 2023, Night Car Studio s'est construit événement après événement, rencontre après rencontre. Du Salon Memoria Mecanica aux premières collaborations avec Honda France dans le cadre du Honda Euro Meet, du Rallye Historique de Monte-Carlo au Concours d'Élégance Automobile de Nice, en passant par une vente aux enchères caritative au profit du CHU de Nice et une présence au Salon Rétromobile 2026 — chaque étape a été une occasion de confronter le travail au monde réel et d'élargir l'univers Night Car Studio.
Je reste néophyte, et c'est une force. J'observe l'automobile comme un grand enfant, sans les œillères du passionné, sans les codes du milieu. Avec le regard de quelqu'un qui découvre encore — et qui croit que c'est précisément là que naissent les images les plus sincères.
Le début d’une quête
Animé par la passion
Pour moi, l’automobile est malgré elle un objet culturel, que l’on soit passionné ou non, c’est un déclencheur de fantasmes, de rêves, et surtout de souvenirs réels ou imaginés.
Mes travaux explorent cet entre‑deux, la fiction à la jonction de la réalité et comment l’automobile peut porter cette mémoire collective.
Un langage universel
Pour ma génération, une partie de l’imaginaire automobile s’est construite à travers la pop culture, notamment japonaise et hollywoodienne.
Des univers devenus cultes ont créé des icônes comme Fast & Furious, GTA Vice City, Gran Turismo, Need for Speed Underground et bien plus encore.
Ce goût pour la nuit, la lueur artificielle et la course automobile a notamment été influencée par la pop culture japonaise, en façonnant notre regard sur la voiture comme devenant une extension de soi.
Aujourd’hui, cet héritage se voit dans la manière dont nous concevons la mobilité contemporaine et comment l’automobile est devenu un langage universel qui traverse générations.
Réminiscence personnelle
"Des années plus tard, lors d'un rassemblement automobile nocturne, j'ai éprouvé une sensation étrange : celle d'avoir déjà vécu cette scène, au travers d'un souvenir hybride de film comme Fast & Furious Tokyo Drift et de Need for Speed Underground 2.
Les lumières, les voitures, l’atmosphère… tout semblait étrangement familier.Comme si le réel venait soudain rejoindre un souvenir issu d’un monde virtuel. Ce moment a marqué un véritable basculement dans mon regard.
Je me suis demandé ce qu’il se passerait si ces souvenirs pouvaient être matérialisées dans le réel.
De cette intuition est née la série Night Car Studio.
En observant ma génération, j’ai constaté une nostalgie partagée : la fin du XXe siècle a vu naître une transition entre des identités visuelles marquées et une modernité minimaliste et rapide.
Dans ce mouvement, formes, couleurs et imaginaires s’effacent. Le présent va trop vite, on se tourne vers des images offrant des repères.
Pour moi, l’automobile est devenu cet ancrage. Au-delà de sa fonction, elle condense le design, les récits et les cultures d’une époque. Quand certains véhicules disparaissent ou deviennent inaccessibles, ils basculent dans le mythe.
Mon travail est une sauvegarde : chaque image conserve un imaginaire visuel en voie de disparition.
Les voitures peuvent être hors d’atteinte, mais les rêves qu’elles portent sont communs.
Avec la série Night Car Studio, je réactive et partage ces imaginaires, les rendant tangibles, et créant un pont sensible entre réel et fiction où chacun peut projeter souvenirs et émotions.